Blocage de service
Facebook, X (Twitter), WhatsApp, YouTube
L'accès aux principaux réseaux sociaux et services de messagerie, notamment Facebook, Twitter, WhatsApp et YouTube, aurait été bloqué à l'approche des élections nationales prévues le 20 mai. Cette mesure intervient alors que l'on craint des violences pendant et après les élections.
Autres informations à l’appui
Les données OONI recueillies au Burundi montrent que plusieurs sites de réseaux sociaux ont été bloqués sur le réseau Econet (AS37336) le 20 mai.
Graphique : Blocage des sites de réseaux sociaux au Burundi le 20 mai (source : données OONI).
Ce qui ressort clairement du graphique ci-dessus, c’est que tous les sites de réseaux sociaux testés ont systématiquement présenté des anomalies réseau à chaque fois qu’ils ont été testés le 20 mai. Le fait que chacun de ces sites ait été testé à plusieurs reprises ce jour-là sur le réseau Econet (AS37336) et que ces tests aient toujours révélé des anomalies constitue un indice fort d’un blocage potentiel. En examinant les détails de ces mesures anormales, on constate que les requêtes HTTP ont systématiquement échoué en raison d’une erreur de réinitialisation de la connexion.
Par ailleurs, lorsque l’on compare les mesures anormales du 20 mai à l’ensemble des autres mesures OONI Probe recueillies lors des tests effectués sur ces sites au Burundi (avant le 20 mai), on constate que ces sites de réseaux sociaux étaient auparavant accessibles dans le pays. Les mesures d’OONI montrent que bon nombre de ces sites étaient systématiquement accessibles à chaque fois qu’ils ont été testés au cours des dernières années, et qu’ils n’ont commencé à présenter des anomalies que le 20 mai. Ce changement soudain – qui ressort clairement des mesures effectuées sur de nombreuses plateformes de réseaux sociaux – suggère fortement que le blocage de ces sites de réseaux sociaux au Burundi a commencé aux alentours de la date des élections législatives.
Le fait que l'interférence visant ces sites web ne se produise que lorsque nous tentons d'établir une connexion HTTPS, par opposition à un blocage des adresses IP ou à une interférence au niveau des requêtes DNS, indique clairement l'utilisation d'une technologie de type « inspection approfondie des paquets » (DPI), ciblant peut-être le champ SNI de la connexion TLS.
Dans le contexte des élections législatives au Burundi, les données d'OONI indiquent également que WhatsApp et Telegram ont été bloqués.
Le 20 mai, l'application WhatsApp a fait l'objet de mesures sur trois réseaux locaux au Burundi : Econet (AS37336), Viettel Burundi (AS327799) et Lacell Burundi (AS327720). À partir de 04 h 06 UTC le 20 mai, nous avons constaté le blocage de l’application WhatsApp sur Econet (AS37336). À l’instar des résultats relatifs à la connectivité Web (évoqués précédemment), nous constatons non seulement le blocage de l’interface Web de WhatsApp (web.whatsapp.com), mais nous observons également qu’elle présente exactement les mêmes erreurs de réinitialisation de connexion. De plus, les mesures montrent que l’accès à l’application mobile WhatsApp a également été bloqué, puisque les requêtes HTTP adressées au service d’enregistrement de WhatsApp ont systématiquement donné lieu à des erreurs de réinitialisation de connexion. Étant donné que toutes les mesures recueillies sur ce réseau le 20 mai montrent systématiquement les mêmes défaillances, elles indiquent clairement que WhatsApp a été bloqué au Burundi pendant les élections législatives.
Graphique : Blocage de WhatsApp au Burundi le 20 mai (source : OONI MAT).
À l'instar des tests effectués sur WhatsApp, Telegram a été testé sur trois réseaux locaux au Burundi : Econet (AS37336), Viettel Burundi (AS327799) et Lacell Burundi (AS327720). À partir de 09 h 42 UTC le 20 mai, nous avons constaté le blocage de Telegram sur Econet (AS37336). Plus précisément, nous constatons que les requêtes HTTP adressées à web.telegram.org entraînent des erreurs de réinitialisation de connexion (à l’instar des tests de connectivité Web effectués sur web.telegram.org), mais que les requêtes HTTP POST et les connexions TCP vers les points de terminaison Telegram testés aboutissent. Toutes les autres mesures recueillies sur ce réseau présentent systématiquement les mêmes défaillances, ce qui suggère fortement que Telegram a été bloqué au Burundi le 20 mai. Telegram a également montré des signes de blocage sur Viettel Burundi (AS327799), où nous constatons que les requêtes HTTP adressées à web.telegram.org entraînent des erreurs de réinitialisation de connexion.
Graphique : Blocage de Telegram au Burundi le 20 mai (source : OONI MAT).
Bien que des mesures OONI soient recueillies au Burundi depuis 2016, c'est la première fois que nous constatons un blocage des réseaux sociaux dans ce pays. Il est fort probable que la censure d’Internet sur les réseaux Econet (AS37336) et Viettel Burundi (AS327799) ait été mise en œuvre à l’aide d’une technologie d’inspection approfondie des paquets (DPI), car le blocage n’a pas été appliqué au niveau du DNS ou de l’adresse IP.
Pour en savoir plus, consultez le rapport de recherche d’OONI.
